Crue aux Vitarelles


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Sommaire


Jeudi 11 novembre 1999

14h.

Nous partons à sept pour 48h explorer la rivière jusqu'au terminus connu.

Les bulletins météo annoncent un ciel couvert avec des pluies faibles à modérées pour le vendredi puis faibles le jour suivant. Nous savons que le niveau de la rivière était de 50cm le samedi précédent et qu'il a dû continuer de baisser depuis, faute de pluie. C'est un niveau d'étiage courant à cette période de l'année. Il n'y a pas eu de pluie significative depuis 25 jours et nous supposons l'aquifère non chargé.

Depuis une douzaine d'années, pour les plus anciens du groupe, et aux différentes saisons, nous visitons régulièrement ce réseau.

16h.

A l'embarcadère, où nous accédons à la rivière, l'échelle donne effectivement un niveau de 43cm. La pluie annoncée, même si elle contribue à doubler la hauteur d,eau, ne nous gênera pas pour le retour samedi matin.

21h.

Le bivouac est installé sur une plage sablo-argileuse de 3 à 4m de haut à 4km du puits d'entrée et 1km en amont des échelles 24, fin du shunt d'un siphon via la salle du cône et le passage Taisne. Nous sommes à peu près à 200m de la clef de voûte après laquelle commencent les navigations.

Un repère est installé pour surveiller l'eau.


Vendredi 12

Niveau avant Samedi

10h-20h30.

Nous explorons la partie amont sur un peu plus de 2km : une voûte mouillante peut être shuntée par un cheminement dans un chaos avant la clef de voûte. On peut toutefois passer en s'allongeant dans les canots. Suivent les navigations jusqu'au siphon qui précède le chaos Kupiek. Nous avions pour objectif de baliser le passage peu évident dans ce chaos. En amont, nous découvrons une partie méconnue de nous tous jusqu'au terminus : siphon et salle du Loze.

Nous revenons au bivouac après une belle journée d'exploration. Aucune montée significative de l'eau n'est notée.

23h.

Extinction des feux.


Samedi 13

Samedi 2h

2h.

Dormant à 50cm seulement du niveau initial de la rivière, je suis réveillé par une désagréable sensation d'humidité dans le duvet. L'eau est montée sans bruit apparent.

J'alerte les copains et nous pouvons en une heure nous préparer et conditionner le matériel pour franchir un peu périlleusement, Sébastien en tête, la rivière grossie par des eaux boueuses et rejoindre une terrasse sur l'autre rive, 8m au-dessus du niveau de la veille. Il n'est pas question de remonter la rivière, déjà haute, vers le chaos de la clef de voûte.

Nous apprendrons plus tard qu'en surface, il a bruiné puis pluvioté le vendredi depuis la matinée. La pluie s'est bien installée en soirée vers 18h et s'est intensifiée dans la nuit vers 23h. En réalité, une dépression très humide venant du SE a copieusement arrosé le Languedoc-Roussillon ce jour-là (500mm d,eau enregistrés dans l'Aude ! ) et a débordé quelque peu sur la frange NE de Midi-Pyrénées.

Plusieurs relevés sur le bassin versant des Vitarelles ont donné des hauteurs comprises entre 60 et 65 mm d'eau pour 12h de précipitation, ce qui correspond à de très fortes pluies, très rares sur le secteur. Il n,avait pas été enregistré une telle hauteur d'eau sur le bassin amont au moins depuis 30 ans (pas de données antérieures). A cette époque de l'année, les plus grosses précipitations sont généralement soit printanières soit d'origine orageuse en été.

Nous avons appris en sortant qu'un bulletin d'alerte avait été lancé ce vendredi... hélas trop tard pour nous. Samedi 3h

4h.

Par sécurité, Yvon et Yannick équipent une corniche, 4m au-dessus de la terrasse, avec une main courante. L'eau monte de façon linéaire. La salle où nous nous trouvons, d'une quinzaine de mètres de diamètre présente deux plafonds concaves séparés par une voûte plus basse de 2,5m environ. Dans la deuxième partie de la salle, une coulée de calcite signale l'arrivée d,un petit affluent.

La rivière a déjà fait place à un lac qui emplit inexorablement la cavité.

Nous pensons que c'est le siphon Alinat, à l'aval de l'embarcadère, qui contribue à noyer la galerie. La montée des eaux ne laissera pas le temps à Yannick et Sébastien d'équiper le ressaut.
Ce boyau aurait-il offert une solution de secours ?
Ne se serait-il pas mis en charge ?

10h.

Nous rejoignons la corniche.

Les canots sont amarrés et tous les kits attachés.

Samedi 12h

12h.

Nous embarquons. L'eau est montée de 11m environ.

De larges trappes dues à la navigation de la veille le long de rives particulièrement abrasives ont rendu trois de nos canots inutilisables. Nous avions deux types d'embarcation avec des textures différentes et le produit de vulcanisation ne nous a pas permis de réparer les "Sevylor" .

Nous sommes donc répartis sur quatre bateaux : par deux sur les plus solides (Yvon avec Christian, Nicolas avec Sébastien).

Le septième d'entre nous -Laurent- reste quelques temps sur un radeau de fortune composé de kits sherpa remplis de bidons étanches.

Yannick et moi l'aiderons à se caler dans une anfractuosité de la paroi au-dessus de l'eau car il est transi de froid.

Nous sommes désormais isolés, pris entre deux siphons. Le niveau de l'eau monte beaucoup plus lentement. La salle se met peu à peu en pression; pourtant l'air est bruyamment expulsé par de petites fissures pendant ces longues heures d'attente inconfortables.

Nous avons de la peine à conserver nos positions. Nous nous ankylosons. Il nous faut cependant bouger avec mille précautions. Un naufrage pourrait être vite fatal et l'eau ne doit pas dépasser les 8-10°C.

A tour de rôle, nous nous inquiétons de l'état de chacun. Entre temps, nos esprits vagabondent entre l'espoir très faible et la sensation d'une fin proche. Mes pensées se concentrent sur mes proches, mon épouse, mes enfants et un sentiment à la fois de révolte et de culpabilité bouillonne en moi à l'idée de les laisser seuls. A posteriori, nous découvrirons que nos pensées étaient similaires

L'aspect compact, non fissuré et auréolé du plafond nous rassure un petit peu, en nous laissant entrevoir la possibilité d'une cloche d'air suffisante pour repousser l,échéance. Samedi 14h

21h.

Le niveau de l'eau se stabilise. La hauteur d'eau estimée est de 13m et il reste 1,5m jusqu'au plafond. A ce moment, le père de Christian, spéléo lui aussi, note 40m dans le puits d'entrée au gouffre des Vitarelles.

Le dénivelé de la rivière est faible (+19m depuis l'embarcadère) et laisse supposer un énorme volume d,eau dans toute la cavité. Il n'est pas étonnant de ressentir une pression importante équivalente à une colonne d'eau de 12m environ dans la cloche d'air. Il nous faut déglutir ou équilibrer nos tympans à plusieurs reprises.

A ce moment là, nous disposons approximativement d'un volume d'air de 20m cube. Nous sommes inquiets quant à une augmentation du CO2. Il y longtemps que nos acétos sont arrêtés.

Du fait de la faible déclivité de la rivière, du grand volume de la cavité et des nombreux siphons (trois connus en amont + tous ceux, probables, entre les deux principales pertes de Thémines et Théminettes) qui ont dû faire tampon, l'onde de crue a été particulièrement amortie et la montée des eaux relativement lente ; 11m en dix heures puis 2m en 9 heures lorsque la cloche s'est formée et que la pression de l'air a joué.

L'amorce de la descente est une source de satisfaction inestimable. Dans les minutes qui suivent mon altimètre grimpe, la dépression s'accentue. Toujours inquiet quant à ce que nous subissons, j'imagine un accident de décompression quand l'équilibre entre les deux parties de la salle s'effectuera et en informe les copains.

En effet, peu de temps après, de grosses bulles d'air font bouillonner la surface. Nous assistons, anxieux, au désamorçage de ce siphon proche. L'eau redevient calme au bout de deux minutes et continue de descendre. Les niveaux devaient être assez proches. Le bruit de l'air expulsé depuis que la cloche d'air s'est formée s'estompe puis s'arrête. Nous sommes soulagés.


Dimanche 14

2h.

L,eau est au niveau de la margelle. Nous quittons les canots et nous nous déplions avec plaisir. Cette situation a duré 14h et laissera certainement des traces dans nos esprits. Par sécurité, nous ne descendons pas avec le niveau, craignant un désamorçage d'un siphon amont et une nouvelle vague.

Bien nous en a pris car, quelques instants plus tard, l'eau se trouvant 2m sous nos pieds, un phénomène tant impressionnant qu'inconnu de nous à ce jour se déroula. Ne sachant au début à quoi l'attribuer, nous prîmes peur. Un grondement grandissant semble monter de l'aval. Des ondes de chocs successives, assez régulièrement espacées de deux à trois secondes, remontent la rivière. L'eau s'agite au même moment, devient tumultueuse et des vagues balayent les parois de la salle. Il est difficile de constater une augmentation ou diminution du niveau. En synchronisation avec les ondes de choc, je ressens nettement une surpression au niveau des oreilles. La cavité, suivant le même rythme que ces détonations, semble expirer et inspirer par les différents boyaux proches. Ce phénomène durera moins de dix minutes mais nous a paru interminable.

Un peu plus tard, en discutant, nous constaterons que chacun d'entre nous a différemment perçu ce moment là et plusieurs hypothèses seront lancées.

Avec du recul, j'attribue à ces faits la vidange du bief où nous nous situions, c'est à dire la partie de la rivière en amont de siphon de la salle du cône. L'intervalle de temps des détonations correspond avec la distance siphon/bivouac. Toutefois, cela reste encore une interprétation personnelle et demanderait à être vérifié ou confronté à des vécus similaires.

Une fois l'eau assagie, nous constatons une bonne diminution du niveau. Quel apaisement ! Nous ne redescendons pas immédiatement sur la terrasse, désormais dégagée, de peur de subir une vague ou une vidange similaire du bief supérieur. Tout au long de la décrue des coups de bélier et autres bruits de tuyauterie nous parviendront, entretenant l'angoisse de notre situation dans ce canyon oppressant. Dimanche

10h.

Nous nous installons sur la terrasse. Les canots nous isolent du sol humide et certains d'entre nous se glissent dans leurs duvets. Les autres font la tortue sous leur couverture de survie en brûlant un peu de carbure. Toujours sur le qui-vive, nous hésitons toutefois à nous déséquiper dans l'éventualité où l'eau remonterait brutalement.

Nous essayons d'analyser cette crue et nous nous demandons ce qu'il a bien pu se passer en surface vendredi soir. Nous savions que la réactivité de la rivière aux Vitarelles est de l'ordre de huit heures par rapport aux précipitations sur le bassin amont.

Mais quelles précipitations ?
Je me remémore l'image satellite du mercredi soir où la France était partagée entre un anticyclone au NW et une dépression sur la proche méditerranée remontant du SE.

Je ne trouve d'autre explication que de fortes chutes de neige au contact de ces deux masses d,air, froide d'un côté, chargée d'humidité de l'autre. La neige aurait pu fondre en fin de journée du fait de la faible altitude et d'un redoux occasionné par la poussée de la dépression. J'ai en mémoire aussi les relevés du niveau d'eau effectués au gouffre des Besaces qui se situe 800m en aval de celui des Vitarelles.

J'estime que la décrue -toujours très lente ici- durera cinq à dix fois plus que la montée. Sauf nouvelles pluies, c'est quatre à huit jours qu'il faudra attendre pour tenter quelque chose. Nous devons donc prendre notre mal en patience et décidons d'ores et déjà, après un inventaire des vivres, de nous rationner et d'espacer les "repas" à raison d'un toutes les douze heures.


De dimanche à jeudi

Une longue attente s'installe avec ses moments de doute et d,espoir. A plusieurs reprises, nous débattons de l'opportunité de descendre jusqu'à la salle du cône. Nous nous fixons un niveau d'eau maximum pour nous engager dans la rivière. Mais la décrue est vraiment trop lente et le débit important, conjugué à une température froide et nos forces diminuées, nous raisonne d'une telle entreprise.

Il n'est pas question de prendre des risques supplémentaires. Nous jugeons que si les secours arrivent à la salle du cône, ils peuvent donc remonter jusqu'à nous par la rivière. Nous pensons aussi que s'ils tardent à venir, c'est parce qu'ils ne veulent prendre aucun risque de leur côté avec un niveau d'eau si important.

Le lundi plusieurs d'entre nous ressentent des douleurs au niveau des pieds. A l'évidence, ils ont gonflé.

Sans cesse nous guettons le moindre bruit insolite autre que ces voix que nous entendons dans la rivière et qui ne sont en fait que le fruit ne nos imaginations... ou délires. Il est difficile de dormir sereinement dans ces conditions et le sommeil ne nous envahit que pour de courtes durées. Nous réparons un canot au cas où.

Nous ne percevons plus de coups de bélier. Toute la galerie doit être purgée et l'eau semble s'écouler désormais librement. Notre projecteur n'éclaire plus grand chose et il nous faut descendre à la rivière via une pente glissante et raide, mais équipée, pour juger le niveau. Encore trop haut !

Les "repas", davantage psychologiques que nutritifs, sont l'occasion de discussions diverses où nous nous découvrons un peu plus les uns les autres à travers nos activités, nos passions, nos projets. Ils nous permettent aussi de nous dégourdir un minimum.


Jeudi 18, midi

Toujours stressés par les changements de bruits venant de la rivière, nous constatons une nouvelle montée des eaux. L'angoisse s'installe à nouveau, l'idée de revenir au plafond dans les bateaux nous refroidit. Pendant douze heures, l'eau montera, heureusement de 2 à 3m seulement (par contre de 26m dans le puits d'entrée).

La décrue s'en trouve retardée d'autant, ce qui n'est pas sans nous affecter. Il est en fait tombé 30mm d'eau supplémentaires en surface.


Vendredi 19

Nous essayons d,espacer davantage les repas (un septième de boîte de sardines ou bien un biscuit et une tranche de saucisson ou encore un morceau de cake avec une côte de mandarine !) et de nous rationner un peu plus. L'eau est toujours collectée en goutte-à-goutte sous une stalactite et traitée par des cachets d'hydroclonazone.

Les conditions de survie deviennent plus dures. Se réchauffer dans nos duvets est un souci permanent. Il nous faut perdre le moins de calories possibles. Nous buvons, mais insuffisamment ; la déshydratation s'installe. Tout aussi insidieusement l'hypothermie nous guette.

Il n'est plus question de descendre vers l'aval avec un niveau si haut. J'estime le débit à 3m cube/s soit dix fois plus que celui que nous avions en montant. Il ne nous reste plus qu'à tenir, tenir le plus longtemps possible.


Samedi 20 après-midi

Je perçois un bruit lointain de perforatrice. Je ne dis rien, pensant être victime une fois de plus de mon imagination. Une heure plus tard, Laurent me dit : "Tu as entendu ? " . "Oui, j'ai entendu, on dirait une perfo..." . Yvon confirme. Nous n'en entendrons pas davantage. Pourtant, nous n,avons pas rêvé !

Il nous reste de quoi grignoter pour trois jours encore. Après : Boire et rester dans nos duvets, mais combien de temps ?


Dimanche 21

8h30

Un cri lancé par un sauveteur nous fait bondir tous les sept.

Nous répondons en choeur plusieurs fois de suite à en faire résonner tout le canyon. C'est un moment de joie intense, d'effervescence et un immense soulagement que nous vivons et qui restera certainement gravé à jamais en nous.

12h. Après avoir équipé galeries supérieures, puits d'accès à la rivière et vires, les premiers sauveteurs nous rejoignent au bivouac.

A notre plus grand étonnement, ils arrivent de l,amont. Pendant plus de trois heures, nous avons crié vers l'aval ! Nous imaginons d'abord une entrée naturelle, inconnue jusqu'ici ou dévoilée pour la circonstance par quelque ancien. Il n'en est rien.

Plusieurs forages ont été effectués au-dessus de la salle du cône, de la galerie Zobépine et non loin de la salle de la clef de voûte où les secours pensaient nous trouver. Nous n'avons jamais entendu ces forages, pas plus que la sirène qui a été utilisée à un moment, ce qui étonne les spéléos-secours. La seule explication que j'en ai est à la fois le confinement de la salle où nous étions entre deux méandres, le bruit de l'eau et les différentes galeries fossiles supérieures qui peuvent amortir les ondes basse fréquence des forages.

Le fait de ne pas avoir entendu de bruit extérieur pendant plusieurs jours nous a laissés dans le doute, mais nous pensions par ailleurs que les secours attendaient des conditions plus favorables pour intervenir

Il nous a fallu peu de temps au bivouac pour nous remettre d'aplomb. Nous étions tous en légère hypothermie (les duvets et couvertures de survie ont indéniablement limité les dégâts) et l'appétit fût vite retrouvé ! Sortie

De 23h30 à 2h20, lundi 22.

Nous ressortons un par un, du plus jeune au plus âgé, après dix jours sous terre, dont huit d,attente, avec leurs moments d'angoisse, de désespoir, de doute mais aussi de lucidité et d'espoir.


Analyse

Le fait d'avoir été sept, relativement bien équipés et avec quelques vivres supplémentaires a facilité la gestion de cette longue attente. Nous n'avons jamais cédé à la panique ou aux engueulades. Nous ressortons bien plus soudés qu'au départ de l'expédition.

Peut-être avons-nous fait les bons choix aux bons moments, peut-être avons-nous géré au mieux l'attente; nous pensons malgré tout que la chance nous a donnés aussi quelque part un petit coup de pouce

Notre sauvetage a mobilisé d'énormes moyens humains et matériels. Un formidable élan de solidarité s'est déclenché à l'occasion. Nous en sommes tous les sept conscients et nous restons tant redevables.

A la sortie, nous nous rendons compte aussi de la médiatisation de cette opération de secours. Elle nous fait bien évidemment peur. Nous décidons de tenir une conférence de presse en réponse à l'attente de beaucoup et à la suite de laquelle nous espérons vite recouvrer l'anonymat, comme toutes ces personnes, en surface ou sous terre, et quel que fût leur investissement, qui ont tant contribué à l'issue heureuse.

Nous n'avons pas envie de faire le jeu des médias et du système (l'affaire des rescapés de la Vanoise est encore en mémoire). Au-delà du coût de l'opération sur lequel nous ne sommes pas les mieux placés pour donner un avis, mais pour lequel nous avons néanmoins une position, des questions restent.


fallait-il descendre ?

Les divers bulletins météo ne laissaient pas augurer une telle montée des eaux. Certains, des médias surtout, ont voulu polémiquer à partir des prévisions, reprenant une partie du bulletin de la station de Gourdon (" pluies pouvant donner par cumul une hauteur d'eau non négligeable. ") pour le vendredi 12.

Les bulletins prévisionnels n'ont, la plupart du temps, qu'une valeur qualitative. Les formules non explicites et généralement employées par les services techniques de Météo France ("pouvant;", "non négligeable") relèvent malheureusement de l'aléatoire et de l'imprécision. Aléatoire parce que ne reflétant qu'une probabilité, imprécision car aucune quantification n'apparaît.

Devons-nous y voir la volonté de cet organisme de "s'abriter" dans l'éventualité où les éléments déchaînés pourraient occasionner de gros dégâts (le service Météo a déjà été attaqué par les viticulteurs du midi pour défaut d'information) ? ...

D'aucuns diront que la critique est aisée.

Avant de descendre, nous avons essayé de traduire et quantifier les prévisions du bulletin local afin de juger au mieux les interactions possibles des précipitations annoncées sur le réseau, connaissant par ailleurs le comportement général de l'aquifère.

Cependant, et sans dénigrer le travail difficile des météorologues, par quoi traduire " non négligeable " ? ...
Certainement pas par plus de 60mm de pluie en 12h, ce qui constitue de l'avis général un imprévu de taille !

Sans jouer sur les mots, " négligeable " est quelque chose que l'on peut facilement quantifier ; admettons quelques mm d'eau, cinq pour se donner une limite. " Non négligeable " , c'est tout le reste, et ce reste est vaste ; il ne revêt donc pas de caractère formellement alarmiste.

Faire l'analyse d'un bulletin restera toujours délicat compte tenu, d'une part des marges prises par les prévisionnistes, d'autre part des aléas dans l'évolution du temps. La météo n'est pas une science exacte -nous le reconnaissons- et nous jouons tous sur la latitude des bulletins pour programmer ou pas des sorties.

Pour revenir au bulletin du 11/11, des " pluies faibles à modérées " peuvent raisonnablement se traduire par une pluviométrie comprise entre 5 et 15mm d,eau.

Sachant le niveau très bas ce jour-là, nous avions de la latitude par rapport aux prévisions. Les faits nous montrent que nous n'en avions pas assez en subissant toutefois un impondérable.

Chacun jugera dès lors de notre décision. Après une telle expérience, il serait malhonnête de dire que n'avons plus de doutes. Nous en avons, nous en aurons toujours et quand nous redescendrons sous terre notamment...


Comprendre

Nous avons tous eu comme séquelles des fourmillements et une hypersensibilité plus ou moins marqués au niveau des pieds. Peut-être sont-ils dus aux effets conjugués du froid, de l'humidité, de la déshydratation et d'un manque d'exercice, à moins que ce ne soit la longue attente dans la cloche en surpression

Avec des métabolismes différents, nous avons laissé entre un et sept kilos dans la cavité après ce jeûne forcé.

De ce que nous avons vécu, il y a des leçons à tirer. Nous avons des doutes à lever, donc des actions à entreprendre pour mieux connaître les Vitarelles et, par extension, le monde souterrain et ses spécificités.

Aux futurs visiteurs des Vitarelles et parce que la spéléologie, c'est autant comprendre qu'explorer, j'espère fournir les meilleures informations possibles sur la corrélation pluviométrie du bassin versant/hauteur d'eau de la rivière. Des données sur plusieurs années qu'il faut analyser permettront de mieux comprendre le comportement hydrologique du réseau des Vitarelles... et de composer avec.


A tous les intervenants : merci.

Le rédacteur et les 6 spéléologues approbateurs :