Expedition au gouffre de Padirac
du 3 au 6 janvier 2001

Avertissement :
Ce n'est pas le compte rendu officiel de l'expédition, mais mon récit personnel.

Sommaire

Vous pouvez ouvrir le plan pour vous repérer.


Les participants

 Equipe 1 Equipe 2 Equipe 3
Jean-François Fabriol (Jeff) (AS Figeac)
Jean-Claude Collette (SC Souillac)
Joël Trémoulet (SC Souillac)

Alexandre Andrieu (Alex) (SC Caniac du Causse)
Claude Milhas (GSQ Cahors) : mon binôme
Jean-Pierre Marché
(SC Figeac)
Céline Collette (SC Souillac) Thierry Maillard (ACL Gramat) : moi Eric Virgoulay (SC Saint Céré)
Carmen Petit (SC Limogne) Laurent Jacquet (AS Figeac) Romain Collette (SC Souillac)


Les objectifs

  1. Faire connaître la cavité à de nouveaux spéléos.
  2. Renouveler les possiblités d'encadrement pour les futures expéditions du CDS46
  3. Reconnaître des sites dans le gouffre pour y organiser de nouvelles expéditions scientifiques.


Horaires prévus


3 janvier 2001 : Le départ


4 janvier 2001 : Le bivouac des 5000 et ses alentours


5 janvier 2001 : Affluent de Joly et gisement préhistorique


6 janvier 2001 : jour du retour et de la crue

A l'aide de nos 130m de corde, Jean-Pierre et Eric équipent une main courante au dessus de l'eau. Une glissade nous entrainerait dans le déversoir pour faire, comme dit Lesur ,"de la première et de la dernière". Nous nous accrochons aux aspérités de la paroi ou à la corde, attaché à nos canots et à nos sacs. A certains moments, la corde est sous l'eau et on n'a plus pied. Il y a le bruit, le courant et le froid.

Nous changeons de rive en nous assurant d'une corde, pour nous regrouper sur un banquette en rive gauche. Je pense retourner au chaos Martel pour y bivouaquer et attendre. On se regarde avec Céline. Je ne suis pas très rassuré, je grelotte un peu. Alex et Jeff font des photos.

La progression pour sortir de la zone du déversoir reprend. Eric équipe, les autre suivent, Jean-claude déséquipe derrière. La rivière s'élargit, le courant se fait moins rapide, je m'accroche puis j'embarque dans mon canot. Je passe dans le groupe de tête avec Claude mon binôme.

Les gours, faciles à franchir à l'aller, sont remplacés par des marches d'eau de 20 cm. Mon bateau a un gros volume à l'avant, j'ai de la chance, les canots de type Air-Azures et les Angulés enfournent un max. Une vire bien trop courte nous permet de passer la marche d'eau d'un gour coriace en tirant sur la corde et en se mettant en arrière de nos embarcation. Le canot surfe et gigote pendant que Jean-Pierre tente de redémarrer (ne pas chavirer). J'arrive au bout de la vire, le courant est fort, je profite d'un contre courant et je réussi à démarrer en pagayant à fond. Claude a lui aussi du mal a passer.

 Les difficultés se suivent, nous progressons en binôme et nous nous entraidons. Nous passons la borne du km 3, une odeur caractéristique d'excréments nous indique que nous approchons du bivouac des gours suspendus.

Il est midi, je prépare une grosse soupe : bouillon cube, vermicels et bouts de saussisse sêche. Je fais la tortue sous ma couverture de survie en cuisinant. Nous repartons.

Nous butons sur une grosse difficulté : le passage dit "Le Tiroir".
Sur nos canots, nous nous agglutinons tous les 12 en nous agripant aux parois en aval de l'obstacle. Jean-Pierre a réussi à grimper et à passer 3m plus haut, mais les bateaux sont trop gros. Eric fait de l'oppo dans le goulet où les 60 cm d'eau à pleine vitesse poussent très fort. Eric équipe et braille beaucoup. Joël tente de passer. Il a dépassé l'amont de ce petit toboggan et se tracte sur la corde car il n'a plus pied. Les blocs d'amarrage basculent devant son canot, il chavire, son sac à dos s'ouvre. Je suis à 3m derrière lui, je retiens son bateau et je récupère les objets flottants qui arrivent. C'est Jean-Pierre qui attache la corde à nouveau solidement. Je réussis à embarquer à plat ventre dans mon canot et à atteindre les blocs en face. Une chaîne s'amorce : par le bas pour les bateaux, par le haut pour les spéléos. Après une demi heure d'efforts, l'obstacle est vaincu.

La progression reprend. Aux obstacles, des chaînes de 12 se forment. Bientôt mon acéto ne fonctionne plus, le gaz s'obstine à sortir par le réservoir d'eau et je ne vois pas que le tuyau de gaz est bouché. La flamme ne dépasse pas 5mm. Mon éclairage électrique Laser couine, mais ne s'allume plus. Mea culpa, je ne l'ai pas assez entretenu dans ce milieu humide. Pendant les heures qui suivent, j'avance, je grimpe et je navigue à tâtons. Je galère et je me raccroche à Alex qui m'aide.

Certains perdent leurs pagaies dans le courant. Des morceaux d'assiette en plastique et des couvercles de bidon étanche les remplacent. Pressés de voir si les voûtes bassent siphonnent, nous passons la vire de Joly, la grande barrière. J'ai bientôt rattrappé Claude. Soulagement, les voûtes basses passent, cet obstacle nous aurait obligé à bivouaquer au Viré au moins une journée. J'ai alors une pensée pour les membres de mon club : l'ACL qui sont restés bloqués une semaine en novembre 1999 aux Vitarelles.

Le passage des "Etroits" est difficile. Une corde est en place pour monter sur les étroites banquettes au dessus du torrent. Alex m'aide à escalader, mon genou ne plie pas beaucoup. Je tatonne et je rampe en trainant par ma longe mon canot dans l'eau 2m plus bas. Je réussis par miracle à embarquer.

Céline arrive, elle vient de percer son canot Air-Azur qui se dégonfle lentement. Elle galère, son père prend son sac sherpa et le pose sur mes pieds dans mon canot. Nous nous entraidons pour passer les derniers gours. Elle arrive vite au terminus des touristes, mais elle a froid. Jean-Pierre et Eric la mettent sous une bâche avec un réchaud. J'arrive moi aussi suivi de Claude : le bonheur.

Carmen a crevé son canot elle aussi. Jean-Claude fait un aller-retour et lui fait parvenir un canot de rechange. Les lumières des autres apparaissent, nous sortons de l'eau mort de fatigue, heureux d'escalader cette dernière cascade et d'enjamber les barrières de la fin de la visite touristique.

Nous sommes en retard de 4 heures sur l'horaire convenu avec le Directreur du gouffre, il est 21 heures. Un mot nous indique qu'ils viendront nous chercher demain à 17 heures avec un gondolier.

Nous décidons de sortir. Nous regonflons le canot de secours avec la bouteille de plongée laissée là à l'aller par Jean-Claude. Nous remontons les 400m de la rivière touristique. J'ai dans mon canot 2 gros sherpas soit 30 kg. C'est très calme, comparé à ce que nous avons subi. Je double Jean-Pierre qui rame péniblement avec des petits bouts d'assiette en guise de pagaie.

Dans le gouffre aérien, il fait froid. Mon éclairage électrique se remet à fonctionner, il serait temps. Avec Alex et Jeff, nous montons les 50m d'escaliers. Le Directeur du gouffre a pensé à tout. Il nous a laissé des numéros de téléphone et un portable pour l'appeler. Jeff s'en charge.

Nous descendons annoncer la bonne nouvelle aux autres qui nous attendent en bas. Avec émotion, nous dégonflons nos canots. J'embrasse le mien qui n'a pas crevé durant toute l'expédition. Nous remontons les escaliers. Le directeur et son adjoint nous accueillent chaleureusement. Il me prète son portable pour rassurer ma femme qui a attendu en vain, avec Pierrot et Lesur, notre retour à 17h00. Nous allons aux voitures nous déshabiller sous un petit crachin. Alex me ramène à la maison, puis il rejoint les autres pour fêter notre sortie au restaurant "le Bienvenue" à Scelles.

J'ai un genou gonflé, les mains entaillées malgré les gants, Les courbatures vont faire mal demain, mais je m'en moque : nous nous en sommes bien sorti. Pour sauver sa peau, on oublie la douleur et on trouve toujours de l'énergie pour avancer, même chargés comme des mules.

J'avais beaucoup d'atouts : mon binôme Claude, Alex, mon super canot prêté par l'ASF, un seul sherpa de 16 kg, d'autres avaient des kits en plus, certains ont crevé leur canot, ils ont eu froid. Jean-Claude était malade...

Je remercie tous mes camarades pour leur esprit d'équipe, monsieur Directeur du gouffre et son personnel pour leur autorisation, leur soutien et leur acceuil exemplaire. Nos familles et amis qui nous ont attendu sous la pluie.

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